Carrelage de la terrasse : le making of
Pour ceux qui n’ont pas suivi les épisodes précédents, nous avons construit une terrasse devant la baie vitrée. Si le gros œuvre ne nous a pas fait trop nous poser de questions, il nous a fallu un certain temps (voire un temps certain) pour savoir ce qu’on allait faire sur la dernière couche : du bois, du carrelage ? Pose droite ou diagonale ? Et puis qu’est-ce qu’on en sait nous ? On n’est pas du métier, on n’a jamais carrelé de terrasse et si on se trompe, on va avoir des regrets jusqu’à ce qu’on la refasse…
Allez, on demande à des pros ! 3 carreleurs sont donc venus à la maison évaluer la quantité de travail et nous donner des conseils. Les prix varient beaucoup, de plus de 50%. La TVA à 5.5% n’est pas toujours appliquée, à cause du status d’autoentrepreneur parfois, ou à cause d’une complication comptable supplémentaire. En ce qui concerne la pose, 2 possibilités :
La pose droite : La plus simple, la moins chère aussi. Elle consiste à poser les carreaux parallèlement aux murs. Il y a globalement moins de découpes, et par suite moins de quantité de carrelage à acheter (compter entre 5 et 10% de plus que la surface à carreler)
La pose diagonale : Les rangées de carreaux sont posées en formant un angle (souvent de 45°) par rapport aux murs. Il en résulte une rupture des lignes trop droites ou perpendiculaires. Dans le cas d’une terrasse comme la notre, la surface carrelée n’est pas entourée de murs. Pour éviter les découpes trop tranchantes, on a alors recours à une « pose en tapis » qui consiste à entourer toute la surface carrelée avec une rangée de carreaux en pose droite, et de remplir l’intérieur de ce « tapis » avec une pose diagonale. De cette manière, on arrive sur le bord de la terrasse avec un carreau plein et donc pas de découpe tranchante. Compter entre 15 et 20% de carrelage en plus de la surface à carreler car les découpes sont systématiques pour la partie pose diagonale. Il y a aussi un surcout dû à la pose plus compliquée et aux découpes plus nombreuses.
La pose décalée (droite ou diagonale) : Utilisée principalement quand les carreaux ne sont pas carrés mais rectangulaires et généralement 2 fois plus longs que large, cette pose permet de rompre les lignées créées par les alignements de carreaux.
Pour nous, ce sera de la pose droite pour cause de budget, et du fait que la pose diagonale aurait donné l’impression d’un terrasse rétrécie. De plus, avec une pose droite, les éventuelles extensions sont plus simples à mettre en œuvre.
Le chantier a duré 2 jours, et encore… Le premier jour, dans la matinée, le carreleur est venu déposer un peu de matériel ainsi que les carreaux.


Afin de gagner du temps sur le lendemain, il a pris les niveaux le long des murs. Un amateur comme moi aurait cherché à tracer le niveau le plus bas possible, mais en fait peu importe à quel niveau on le prend, il suffit de redescendre à la verticale d’une distance égale…

Le lendemain, débarquement des 2 carreleurs vers 8h ! rude pour nous pauvres employés de bureau qui commençons à 9h.

Après un rapide nettoyage de la surface de la terrasse, la première étape est de positionner des plots de mortier pour définir la pente, et l’épaisseur de la chape de mortier

Et pour ne pas avoir de problème quand il pleut, il faut vérifier que la pente est suffisante et dans le bon sens. « Suffisante », c’est en général 1% (1cm par mètre), mais en fait, du moment que la pente existe, c’est OK. Je crois que sur la plus grande distance, nous avons une pente de 4cm, ce qui est plus proche de 0.5%.

La méthode est simple : on fixe une ficelle au point le plus haut de la terrasse, on la tend bien fort au point le plus bas, et on vérifie qu’elle frôle tous les plots entre les 2 points de référence. Il est important de vraiment bien tendre la ficelle, sinon celle ci fait un ventre et c’est raté !
On parle de plots de mortier, mais du mortier, il en faut beaucoup ! Il en faut non seulement pour les plots, mais aussi pour remplir tout le reste de la chape. Alors, quand on est un professionnel, on a des outils de pros.

Je sais pas bien comment on appelle cet engin, mais c’est une espèce de bétonnière couplée à une pompe à béton. Le résultat part par le gros tuyau qu’on voit sortir sur le côté de la machine.
Et au bout du tuyau, un objet extraterrestre

Cette espèce de truc à 3 pattes m’a replongé dans mon enfance traumatisée par la série télévisée « Les Tripodes » dont je n’ai pas vu la fin. Pour ma psychothérapie il faudrait ptet que je lise le bouquin…

Revenons à nos moutons. Cet objet horrible sert à recevoir le mortier envoyé à haute pression dans le tuyau, sans quoi il serait probablement projeté sur le toit des voisins, où il nous serait sans doute moins utile. En effet, la pompe est capable de pousser du béton à une hauteur de 25 étages selon l’un des carreleurs, ou peut être 15, je ne me souviens plus. Quoi qu’il en soit, 15 étages, ça fait déjà 45 mètres, et c’est déjà beaucoup.
Une fois que les plots sont en place, on va les relier par des « cordons » de mortier qui vont servir de guides par la suite

On se retrouve alors avec des zones vaguement carrées, entourées des fameux cordons de mortiers ayant déjà la bonne pente. Il faut maintenant remplir le milieu.

Pour cette opération de « tirage de chape », on utilise des règles en aluminium, très légères et on s’appuie sur les cordons de mortier. Mais pour ne pas les creuser au passage de la règle, les carreleurs étalent dessus des feuillards en acier, très fin. Il semblerait qu’il s’agisse de mètres de tapissiers, mais j’ai plutôt trouvé cela sous l’appellation de « règles de colleurs »
Une fois la chape tirée, le travail le plus délicat est fait ! On laisse un peu prendre avant de commencer la pose des carreaux.

Pour les carreaux, vu qu’on a un certain nombre de cartons qui vont avoir des teintes un peu différentes, une précaution consiste à mélanger les carreaux de plusieurs cartons pour ne pas se retrouver avec des zones de teintes différentes sur la terrasse une fois finie. Une autre précaution qui vaut surtout pour notre modèle de carreaux aux bords irréguliers (Levan), c’est de préparer tous les cartons de carreaux dans le même sens, ce qui permet de poser les carreaux tous dans le même sens aussi.
Où commencer pour la pose des carreaux ? Pas du bord ! Les carreleurs ont l’expérience ce qui fait qu’ils font le choix de la pose initiale sans même y penser. Pour le coup, ils ont pris depuis un bord extérieur de la terrasse, en retrait d’une rangée de carreaux.

Pour ne pas abimer la chape toute neuve, des contreplaqués sont posés afin de répartir la charge des poseurs sur une plus grande surface, façon raquette à neige. La première ligne de carreaux sera posée le long de cette ligne bleue.
Les carreaux sont collés avec un ciment étalé sur la chape, puis humecté et lissé au peigne à colle


La pose peut commencer.

Une règle métallique est utilisée comme taquet d’alignement du carrelage

Le carreaux est posé le long de la règle, puis lâché et tapé pour que la colle pénètre bien dans les dessins du dos de chaque carreau.

Une équerre complète l’équipement pour pouvoir poser bien droit.

Et pendant qu’il y en a qui bossent, d’autres regardent et ne comprennent pas ce qui se passe. « On ne pourra plus se rouler dans la poussière de ciment ? » m’ont confié les chats inquiets. « La poussière change, mais elle sera toujours là » les ai-je rassurés.

Quant ils sont lancés, les poseurs avancent à toute vitesse !

Pour corser un peu la pose, on a les aérations du vide sanitaire qui nécessitent des découpes rondes. Comment font-ils ? Avec un outillage de précision bien entendu…

Une disqueuse avec un disque diamant. Le leur était sectorisé, mais les fentes entre les secteurs étant très étroites, ils ne gênent pas pour découper les carreaux.
Et pour les coupes droites, c’est la traditionnelle carrelette qui est utilisée.

Quand je me remémore ce que j’ai pu en ch… pour la salle d’eau je trouve leur aisance à manipuler l’engin presque indescente…

Pour ce qui est de la pose, c’est fini, mais le travail ne s’arrête pas là ! Il reste encore les joints et la finition de bord de chape, et le nettoyage aussi

Et pour que la colle se répartisse bien, les carreleurs utilisent un engin vibrant à roulette. Oh non, pas d’idée déplacée, je vous vois !

La chape dépassent volontairement de la terrasse, mais ce surplus doit être éliminé. Avant qu’elle ne soit trop dure, on peut le faire avec une simple truelle

Et la plante dans le coin de la terrasse, c’est (c’était ?) une verveine de Madagascar qui n’avait rien demandé, et surtout pas un traitement au mortier… Une fois que nous avons repris possession des lieux, nous avons tenté de sauver la pauvre martyr.

Pour les joints, un mortier spécial est préparé à partir d’un sable différent de celui de la chape. On m’a fait jurer de ne pas dire de quel sable il s’agit donc je vous donnerai le numéro du carreleur si vous souhaitez entrer dans la confidence.

Ce sable est très fin et très sec. Il ne s’agglomère pas comme celui utilisé pour la chape (qui était du sable lavé très standard). Et un seul seau suffira pour faire les joints de toute la terrasse !

Préparation du mélange ciment-sable dans un seau de chantier standard, en mélangeant d’abord grossièrement à la truelle.

Puis pour gagner du temps et obtenir un mélange homogène, on rajoute de l’eau et on utilise un malaxeur très standard.

Le mortier assez liquide est alors versé sur la terrasse sans prendre de disposition particulière. C’est bien celà que vous pouvez voir sur la photo ci-dessus et non une déjection du cracoucass.

On étale ensuite à la raclette la pâte à joint en faisant des aller retour pour bien remplir les espaces laissés entre les carreaux.

Et pour finir les bords, le long du mur, c’est à la langue de chat, histoire de pas tout beurrer avec la raclette.

Après tout ça, les travailleurs acharnés n’en sont pas moins méticuleux. Phase de nettoyage du surplus de pâte à joint obligatoire.

Et pour éviter que la chape ne se tire à la première pluie ou je ne sais quelle autre cataclysme, une finition à la pâte à joints est appliquée à la truelle sur tout le tour extérieur.

Et voilà une belle terrasse finie !
Un peu de repos histoire que tout sèche correctement et bientôt, on pourra la baptiser en faisant une grosse fête avec des grillades et de la musique pour faire plaisir aux voisins




